Bagdad, capitale musulmane


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Bagdad, par fsauzeau

Une carte de la ville (752 – 922)

Bagdad vue par un géographe arabe.

« Al-Mansur en fit une ville ronde, la seule ville au monde connue dans le monde entier. La ville fut pourvue de quatre portes que le Calife nomma : porte de Kufa, porte de Basra, porte du Kurasan, porte de Syrie. Chacune des portes de la ville était munie d’une porte en fer à deux battants, haute et épaisse, d’un poids tel que pour en fermer ou en ouvrir une, plusieurs hommes étaient nécessaires. Le mur d’enceinte était entouré d’un avant-mur, protégé de l’extérieur par une digue, qui en faisait le tour, et qui était bordée d’un fossé, dans lequel l’eau était amenée par un canal.

[…] Au centre de la grande place s’élevait le palais, à côté duquel se trouvait la grande mosquée. Le palais n’était entouré d’aucune construction, hôtel particulier ou maison d’habitation. Tout autour de la grande place, se trouvaient les demeures des jeunes enfant d’Al-Mansûr, des esclaves noirs attachés à son service particulier, le trésor, l’arsenal, le ministère des correspondances.

[…] D’un passage voûté à un autre, il y avait des ruelles et des rues, en deçà du mur d’enceinte. Dans chacune de ces rues habitaient les officiers supérieurs, ceux qui inspiraient assez de confiance pour être logés à proximité du calife. Les extrémités de chaque rue étaient fermées par de solides portes. D’autre part, aucune voie ne rejoignait le mur qui entoure la grande place, au milieu de laquelle s’élevait le palais du califat ; en effet, toutes les rues et le mur de la place étaient concentriques. »

D’après al-Ya’qûbi, Livre des pays kitab al-buldan, trad. de G. Wiet Le Caire, 1937, p. 4-19.

Bagdad, un carrefour commercial et culturel.

« Bagdad est la cité la plus considérable ; elle n’a d’équivalent ni à l’Orient, ni à l’Occident de la Terre, en étendue, en importance, en prospérité. C’est vers elle qu’on émigre de tous les pays ; et, de tous côtés, nombreux sont les hommes qui l’ont préférée à leur propre patrie.. Tous les peuples du monde y possède un quartier, un centre de négoce et de commerce : c’est pourquoi l’on y trouve réuni ce qui existe dans aucune ville du monde. Elle s’étale sur les deux rives de ces fleuves considérables, le Tigre et l’Euphrate, et voit ainsi affluer des produits commerciaux et des vivres, par terre et par eau. En effet, les marchandises y sont importées d’Inde, du Sind, de la Chine, du Tibet, des pays des Turcs, des Khazars et des Abyssins, de toutes parts en un mot, au point qu’on les trouve à Bagdad plus abondantes que dans leur pays d’origine. On se les procure si facilement et si sûrement qu’on pourrait croire que tous les biens de la terre y sont dirigés, tous les trésors du monde réunis. »

Ya Kubi (géographe), Les Pays, lXe siècle

Le commerce à Bagdad au IXe siècle.

« On importe de l’Inde : des tigres, des panthères, des éléphants, des peaux de panthère, des rubis, du santal blanc, de l’ébène, et des noix de coco. On importe de la Chine : des scieries, de la soie, de la vaisselle, du papier, de l’encre, des paons, des chevaux bons coureurs, des selles, des feutres, de la cannelle, de la rhubarbe grecque sans mélange. On en importe des ustensiles d’or et d’argent […], des drogues, des étoffes brochées […] des esclaves de sexe féminin, des bibelots à images humaines, des serrures inviolables […], des ingénieurs hydrauliques, des experts agronomes, des marbriers et des eunuques […]. De la Berbérie et des confins du Maghreb : des panthères, des feuilles de salam (pour la tannerie), des feutres et des faucons noirs. Du Yémen : du collyre, des peaux tannées, des girafes, des cuirassés, des gemmes de couleur, de l’encens, des feuilles de Khitr (pour la teinturerie) et du curcuma. D’Égypte : des ânes trotteurs, des vêtements d’étoffe fine, du papyrus, du baume et, de ses mines, des topazes d’une qualité supérieure. De chez les Khazars : des esclaves de deux sexes, des cottes de maille, des casques […]. De Samarkand : du papier. De Balk et de sa région : des raisins doux, et des truffes ghauchana […]. D’Ispahan : du miel en rayons et du miel vierge, des coings, des poires « de Chine », des pommes, du sel, du safran, de la soude, du blanc de césure, du sulfure d’antimoine, des lits à plusieurs étages, des vêtements d’excellente qualité, et des sirops de fruits […]. »

Al-Djahiz, L’examen du commerce, trad. J. Sauvaget, « Historiens arabes », 1946, p. 10-11.

Le parfum des marchés.

« Il y a d’abord un grand espace nommé place du Pont. Puis le marché des Oiseaux, un marché où on peut trouver toutes les sortes de fleurs et sur les côté duquel se trouvent les boutiques élégantes des changeurs. […] Puis celui des traiteurs, celui des boulangers, celui des bouchers, celui des orfèvres, sans égal pour la beauté de son architecture : de hauts bâtiments avec des poutres de teck, supportant des pièces en encorbellement. Puis il y a le marché des libraires, immense, qui est aussi le lieu de rassemblement des savants et des poètes, puis le marché de Rusafa. Sur les marchés de Karkh et de la porte de l’Arche, les parfumeurs ne se mélangent pas avec les marchands de graisse et de produits aux odeurs désagréables ; de même les marchands d’objets neufs ne se mélangent pas avec les marchands d’objets usagés. »

D’après Ibn Aqil, extrait des Manaqib Baghdad1 d’Ibnal-Jawzi, trad. De G. Makdisi, « The Topography of Eleventh-Century Bagdad : Materials and Notes, Arabia 6 (1959), pp. 188 – 189 et 195.

1« Les vertus de Bagdad »

La Madrasa Nizamiyya.

Inaugurée en 1067 sur la rive orientale du Tigre, la Nizamiyya fut à Bagdad la première institution à porter le nom de madrasa (lieu d’enseignement). Voulue par le vizir Nizam al-Mulk, elle prenait modèle sur les premières madrasas fondées en Iran oriental dès le Xe siècle et avait son équivalent dans d’autres villes de l’empire. Sa fondation dans la capitale marquait le soutien apporté par le pouvoir à l’école chafiite, la seule des quatre écoles de droit sunnite à y être enseignée. Les savants les plus réputés furent recrutés pour y enseigner le droit et ses anciens auxiliaires (grammaire, lecture et exégèse coranique, transmission de la tradition prophétique), mais aussi pour y prêcher.

D’après L’Histoire, n°412, juin 2015, p.47.

A l’ombre des jardins

« Sur la rive occidentale se trouvent des vergers et des jardins d’où sont exportés les fruits vers la rive orientale. […] Les palais califiens se trouvent à l’extrémité de la ville orientale dont ils occupent le quart ou davantage, car tous les Abbassides vivent retirés dans ces palais, n’en sortent pas ni ne se montrent, et jouissent de pensions considérables. Le calife occupe une grand partie de ces demeures : belvédères, palais superbes et jardins coquets. […] Parfois, le calife se montre en barque sur le fleuve et, parfois, il chasse dans la campagne. Ses rares apparitions le font paraître mystérieux aux yeux du peuple et ce caractère secret ne fait qu’ajouter à sa renommée. »

Ibn Jubayr, Relation de voyages, trad. P. Charles-Dominique dans Voyageurs arabes, Gallimard,

« La Pléiade », 1995, pp. 252 – 253.

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