L’émigration italienne au XlXe siècle

Objectif:

Décrire l’émigration des Européens au XlXe siècle à partir de l’exemple italien.


Doc. 1- Les migrations de la misère.

En 1881, le gouvernement italien met en place une commission d’enquête chargée de dresser un état des lieux des campagnes du pays.

Si l’on considère l’Italie agricole, le trait le plus saillant est la condition extrêmement misérable d’un grand nombre de travailleurs de la terre, dans différentes provinces : habitations affreuses, nourritures malsaines, eau potable putride1, salaires dérisoires, et par conséquent paupérisme2 et maladies; voila des faits que personne ne saurait nier. La pellagre3, les fièvres paludéennes4, qui font tant de victimes, les émigrations périodiques vers des régions inconnues, pour se libérer d’un état présent intolérable, doivent ouvrir les yeux à quiconque.

La facilité même avec laquelle d’infâme accapareurs d’émigrants arrivent à suspendre parfois la bonne foi des pauvres paysans est un symptôme grave. Et on ne peut pas dire que tout cela dépend uniquement de la faiblesse de la production à laquelle est condamnée, par ignorance, une si grande partie du sol italien, car cette désolation, on la retrouve même dans les provinces qui, autrefois, firent les plus grands progrès dans l’agriculture.

Nous pouvons mentionner des misères indicibles, même là où la production est florissante.

Extrait de Acte de la Commission pour l’enquête agraire et sur les conditions de la classe agricole, 1881.

  1. putride : qui est en état de putréfaction, de décomposition – syn : pourri
  2. paupérisme : fait référence à l’état de pauvreté d’une partie de la population.
  3. t entraîner la démence et la mort
  4. Paludéenne : relatif au paludisme, à la malaria

Doc. 2- Le « rêve » américain

Prenons un groupe d’Italiens au moment où ils débarquent, et suivons-les dans la vie nouvelle qu’ils vont commencer. Ils arrivent de Naples, et à l’entrée du port de New York ils sont pris à bord de leur steamer (navire à vapeur), pour être transportés au moyen de grosses barques sur l’île d’Ellis où sont installés les bureaux de l’immigration. La traversée ne les a pas démarqués. Le soleil d’Italie semble les avoir accompagnés. Ils parlent bruyamment, s’interpellent, gesticulent avec une vivacité tout italienne. La plupart d’entre eux sont des paysans sans instruction ; certains ont l’esprit contaminé de socialisme ou d’anarchie. Leur petit bagage à la main, ils défilent un par un devant les inspecteurs, répondent à la série des questions traditionnelles, ouvrent leur bourse et en étalent le contenu. S’ils sont admis, ils débarquent bientôt à New-York pour s’y fixer ou pour repartir plus loin. Restons avec ceux que la ville va garder. Dans la foule qui assiste à leur arrivée, sur le débarcadère du ferry-boat, ils reconnaissent un frère, un parent ou un ami, qui est venu à leur rencontre, tombent dans ses bras, et l’embrassent avec une naïve effusion, puis disparaissent dans les rues au milieu du fracas de l’elevated railway. […] Mais ils ne connaissent ni la langue ni les usages du pays, et pour trouver du travail ils devront avoir recours au padrone. Italiens eux-mêmes, les padroni sont des intermédiaires entre les patrons et les immigrants. […] grâce à eux les nouveaux arrivants trouvent très rapidement du travail. En général, le padrone tient en même temps un boarding-house, où il les abrite et les nourrit. Enfin il est souvent banquier, reçoit du patron les salaires, les distribue aux ouvriers, ou les garde en dépôt dans la mesure où ceux-ci le désirent. […]Le padrone leur rend beaucoup de services, mais il est en général malhonnête.[…] Les Italiens sont groupés à New-York dans deux quartiers qu’ils occupent exclusivement et dont l’un, fort pittoresque, a reçu le nom de Little Italy1. Ils ont au suprême degré l’esprit de clan. Il suffit de traverser une rue et l’on se trouve brusquement jeté au milieu d’eux. On n’entend plus parler qu’italien. Dans les cours des maisons, d’une fenêtre à l’autre, le linge sèche sur des cordes, tout comme à Gênes ou à Naples. Les boutiques portent des inscriptions italiennes, et presque tout y vient d’Italie. Ils ont leurs églises, leurs journaux, leur théâtre, leurs banques, et forment là une cité dans une autre cité ; chaque province occupe une zone déterminée, et les Napolitains ne sont pas mélangés aux Calabrais ou aux Siciliens. La jeune Italienne n’épouse presque jamais un Américain et ne quitte pas le quartier de ses compatriotes qui font bonne veille, et se montrent très jaloux de l’étranger qui approche d’elle, tant l’esprit de caste est développé chez eux.

[…] La civilisation américaine n’a pas encore atteint ces émigrés d’hier. Transportés en Amérique, ils n’apprendront rien de plus que dans leur petit village d’Italie, et en resteront isolés jusqu’à leur mort. Certains retourneront dans leur pays quand ils auront amassé 800 à 1000 dollars.

DELPON DE VISSEC Lucien (journaliste et écrivain français (1872-1953)),Le Socialisme en Amérique. Essai de critique sociale, Revue bleue, t. 19, 1903

1- Little Italy signifie littéralement « Petite Italie »


Doc. 3 : Des conditions de vie difficiles


Doc. 4 : Des immigrants mal acceptés.

By No signature seen on cartoon – « The Mascot » newspaper, 7 September, 1888 issue, via microfilm in New Orleans Public Library, photographed by Infrogmation, Public Domain, Link

Aide à l’analyse :

  • Présentez les documents (Nature, Auteur, date, source, sujet traité)
  • D’après le doc. 1, qu’est-ce qui poussent les Italiens à émigrer ?
  • En vous servant des doc. 1 et 3 p. 108, quelle autre raison pour être avancée pour expliquer ce départ.
  • Décrivez le parcours des migrants italiens.
  • Quelles sont les difficultés qu’ils rencontrent ?

Vocabulaire :

Émigration: quitter son pays, sa région pour aller s’installer dans un (une) autre, durablement voire définitivement.


Pour aller plus loin…

Un graphique pour illustrer le nombre de départ vers les Etats-Unis

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5 réponses

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